De toute façon, écrivant ici mes textes sur vin, j’ai toujours d’autres choses dans ma tête. Il faudrait, peut-être, aller aux sources.
D’abord Robert Parker. Ce type monumental qui avait conquis tout le champ de bataille et occupant ce champ dicte ses conditions sommelières jusqu’aujourd’hui, même si le monde a changé et le point de vue américain n’est plus le seul à indiquer les justes solutions. Ayant gouté des milliers de bouteilles, Parker s’imposait, avec ses opinions, partout à tous qui aimaient le vin et réglait ainsi les lois du marché conformes à des exigences du client américain. Ainsi, il a réussi à créer les habitudes selon lesquelles tous les vignerons du monde étaient obligés de procéder pour que leurs produits aient pu satisfaire les goûts raffinés à la manière parkérienne de ceux qui, possédant le pouvoir et la richesse, pouvaient acheter ces produits.
Parker, donc, correspond au monde globalisé et aux goûts de qui y gouverne. La saveur uniformisée d’un vin qui s’inventait au fur et à mesure d’exploits du sommelier américain. Du point de vue marxiste, Parker est un produit du marché, représente une société bien définie, et grâce à son marketing presque parfait, enjoint les intérêts de cette société partout dans le monde. Bref, c’est un monde moderne tendant à uniformiser tous et tout pour en obtenir du meilleur profit.
Puis Nossiter qui s’était créé en opposition contre Parker. Nostalgique du passé ou plutôt d’un passé bucolique, rêvé, probablement inexistant, ce qui implique ces opinions sur le vin. Représentant de vignerons traditionnels ou, si vous voulez, ultra-modernistes et cela peut signifier la même chose, car les extrêmes se touchent. Radicalement anti-industriel, fui dans un coin d’Italie d’antan à la recherche d’un temps perdu. Végan et biologiste et en même temps élitiste compte tenu du fait qu’un tel retour au passé est très couteux.
Ici encore, les oppositions se touchent. Parker rencontre Nossiter pour nous dire que ce qui est bon coûte cher et que 99% des dépourvus de richesse ne peuvent pas se permettre le luxe de déguster le vrai vin.
Vin et dialogue
Comme vous voyez, le vin reflète ici tout le reste. D’un coup, le bon vivant rencontre le philosophe ou économiste, un Piketty par exemple, et à la table, ils entament le dialogue. Car ce vin est aussi un stimulant du dialogue. Pour cela, je bois en dialoguant et – souvent – je parle en buvant. Ce blog a été conçu pour cela. Boire et dialoguer.